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Actualisé: Mercredi 21 Novembre 2007

3.3. Genre, Eau et Pauvreté

3.3. Genre, Eau et Pauvreté

Introduction

L’eau est essentielle aux êtres humains et à toutes les formes de vie. Mais la pollution et l’absence d’accès à une eau propre font proliférer le cycle de la pauvreté, les maladies hydriques et les inégalités de genre ( Khosla and Pearl, 2003). L’eau est un point d’entré au développement durable, de l’éradication de la pauvreté, des droits de l’homme, de la santé reproductive et maternelle, de la lutte contre le HIV/SIDA, de la production d’énergie, de l’éducation améliorée pour les filles et de la réduction de la morbidité et de la mortalité. On compte encore jusqu’à aujourd’hui 1,1 milliard d’individus n’ayant pas accès à une eau propre et potable et 2,6 milliards n’ayant pas accès à un réseau d’assainissement adéquat. Cette situation a un impact négatif énorme sur les femmes et les enfants.

La pauvreté gagne du terrain dans le monde entier, mais les groupes les plus vulnérables restent les femmes et les enfants. Les femmes perçoivent la pauvreté et la vivent d’une manière différente par rapport aux hommes, car elles sont généralement victimes d’un traitement inégalitaire. On estime que sur les 1,3 milliard de personnes vivant dans la pauvreté à travers le globe, 70% sont des femmes. Les femmes accomplissent les deux tiers des heures de travail effectuées, assurent la moitié de la production alimentaire mondiale; mais elles ne gagnent que 10% du revenu mondial et ne possèdent que moins de 1% des biens ( Plan de campagne des Nations Unies pour le millénaire 2005).

Pourquoi le genre, l’eau et la pauvreté ?

En 1997, le Rapport sur le Développement Humain avait révélé que les pays ayant les indices de développement genre les plus médiocres (Sierra Leone, Niger, Burkina Faso et Mali) avaient également les taux de pauvreté les plus élevés et n’ont qu’un accès limité à l’eau, à la santé et à l’éducation. D’autres pays présentant de forts taux de pauvreté (Bolivie, Colombie, Guatemala, Honduras, Nicaragua et Paraguay) sont également affligés de taux élevés en termes d’inégalités sociales, d’inégalité entre les hommes et les femmes et de disparités interethniques (Schreiner, 2001).

Liens entre le genre, l’eau et la pauvreté

• L’accès à une eau de qualité et en quantité suffisante réduira l’incidence des maladies dues

à l’ingestion ou à l’utilisation d’une eau contaminée pour les ablutions, améliorera la santé et

la productivité pour les femmes et la présence scolaire pour les enfants.

• Lorsqu’une compétition s’établit autour des ressources en eau, les femmes et les personnes les plus vulnérables en viennent souvent à perdre leurs droits.

• Les priorités de développement des femmes en termes de ressources en eau pourraient concerner les sources proches de leur domicile de manière à pouvoir concilier leurs rôles productif et reproductif. Si elles ne sont pas consultées, ces priorités ne seront pas prises en considération.

• L’amélioration des moyens de subsistance et de la sécurité alimentaire des femmes et des personnes défavorisées dépend également de l’accès à des ressources en eau suffisantes.

• La participation à la gestion de l’eau peut également promouvoir la dignité des femmes en leur donnant une voix et un choix. Elle améliore aussi l’efficience et le ciblage.

Les femmes sont plus vulnérables que les hommes à la pauvreté chronique due aux inégalités entre les sexes au niveau des différentes institutions sociales, économiques et politiques. Ces inégalités ont pour origine la répartition inégal des revenus, l’appropriation du revenu et des biens, l’accès aux intrants de la production ( tels que le crédit), la prise des décisions concernant les ressources et notamment les ressources en eau, ainsi que les droits et les avantages qui sont le plus souvent en faveur de l’homme pqr opposition à la femme. Les femmes sont également victimes de l’exclusion sociale et de préjugés tenaces au niveau du marché de l’emploi.

Selon le Programme des nations unis pour le développement (PNUD), cinq ans après l’engagement formel pris par les dirigeants de la planète de faire reculer la pauvreté, «le hiatus entre les ODM visant à réduire de moitié la pauvreté, et les résultats prévus va se traduire par l’équivalent d’une masse supplémentaire de 380 millions d’individus dans les pays en développement ne disposant pour vivre que moins d’un dollar par jour» (2005).

Concept et définitions

La pauvreté est un phénomène aux dimensions multiples et spécifiquement local qui varie avec l’age, la culture, le sexe et autres paramètres socio-économiques. La perception de la pauvreté diffère aussi selon que l’on a affaire à des femmes ou à des hommes : par exemple, au Ghana, les hommes définissent la pauvreté par l’incapacité à générer des revenus, alors que les femmes l’assimilent à l’insécurité alimentaire (Narayan, 2000).

La pauvreté ne se ramène pas au seul dénuement matériel. Elle englobe également l’incapacité à faire entendre sa voix ou l’absence de pouvoir, la vulnérabilité aux crises et autres situations défavorables et l’aptitude limitée à remédier à ces vulnérabilités. Si les ressources en eau se trouvent à un point éloigné du domicile, les femmes et les filles seront obligées de parcourir une plus grande distance pour aller chercher cette eau, ce qui réduit d’autant le temps disponible pour faire un travail productif. La gestion efficiente de l’eau crée des réseaux sociaux en faveur des femmes par le truchement des comités de gestion , mais ces femmes se trouvent trop souvent astreintes à des taches non qualifiées et non rémunérées en relation avec la gestion de l’eau. S’obstiner à relier la pauvreté au bien-être matériel revient à masquer d’autres dimensions de la pauvreté, comme l’impuissance et l’exclusion dans la prise de décisions.

Mesurer la pauvreté : le dilemme de la question du genre

Les méthodes classiques de mesure de la pauvreté se fient exclusivement aux statistiques relatives au PIB ou au revenu des ménages, occultant et laissant ainsi dans l’ombre les différences et les disparités entre les sexes au sein d’un même foyer. Les évaluations Participatives de la Pauvreté (PPA) sont un outil qui permet d’intégrer les points de vue des hommes et des femmes démunis dans l’analyse de la pauvreté et dans les stratégies destinées à faire reculer cette pauvreté au moyen des interventions politiques publiques (Norton, 2001).

Genre, Pauvreté et Environnement : Une triple interaction.

Alors que l’on a assigné des Objectifs de Développement du Millénaire distincts à la pauvreté, au genre et à l’environnement (englobant l’eau et l’assainissement), il n’en demeure pas moins vrai que tous ces aspects sont interconnectés et interagissent de trois manières différentes. L’eau est essentielle au bien-être des humains, vitale pour le développement économique et constitue une exigence fondamentale pour la bonne santé des écosystèmes. L’eau propre pour les besoins domestiques est une denrée essentielle à la survie et à la bonne santé des humains. Combinée à un assainissement et à une hygiène améliorés, elle réduit la morbidité et la mortalité, notamment parmi les enfants. L’eau est tout aussi vitale pour d’autres facettes du développement durable comme la protection de l’environnement, la sécurité alimentaire, l’autonomisation des femmes, l’éducation des filles et la réduction des pertes de productivité dues à la maladie. L’eau est également un puissant catalyseur pour les pays en développement dans leur lutte contre la pauvreté et la faim, de même que pour la sauvegarde de la santé humaine, la réduction de la mortalité infantile, la promotion de l’égalité entre les sexes et la protection des ressources naturelles (Groupe de Travail des Nations Unies sur l’Eau et l’Assainissement, 2005).

La pandémie HIV/SIDA, qui est à la fois la cause et la conséquence de la précarité qui caractérise la pauvreté, a poussé certains pays à opter pour des approches locales en termes de soins de santé, vu que les institutions sanitaires classiques se sont avérées incapables de répondre à la demande. L’approche locale en matière de santé implique de fournir de l’eau en qualité et en quantités suffisantes pour éviter les infections secondaires mais aussi pour alléger le fardeau qui pèse sur les épaules des prestataires de soins traditionnels, qui sont le plus souvent les femmes et les filles.

Quelques Implications Politiques

Dans la gestion Intégrée des l’eau, l’eau est appréhendée comme étant tout à la fois un bien économique, environnemental et social. Il est donc considérée à ce titre comme une matière première obéissant à la loi de l’offre et de la demande. Elle possède donc une valeur marchande bien déterminée pour certains usages particuliers (Thomas, Schalkwyk et Woroniuk, 1996). Le secteur de l’eau est souvent compartimenté et scindé en deux volets distincts, à savoir les utilisations productives et les utilisations non productives. Les utilisations non productives de l’eau (santé, corvées ménagères et assainissement) tendent à être l’apanage des femmes et ne sont pas prises en compte dans les évaluations économiques. Pourtant, ce dernier paramètre devrait être dûment pris en considération dans l’estimation des valeurs économiques relatives des ressources en eau pour nous permettre de bien comprendre le lien d’interdépendance entre eau productive et eau domestique.

En tant que matière première, l’eau implique que le développement des ressources hydriques est régi par la demande. Toutefois, les femmes pauvres sont généralement incapables d’exprimer leurs demandes de services pas plus qu’elles n’ont la possibilité de défendre leurs droits, surtout quand elles possèdent des droits sur l’eau reconnaissables et transférables. De plus, les enfants chef de foyers ont moins de capacités pour exprimer leurs demandes et pour défendre leurs droits.

Dans le but de répondre aux besoins des pauvres femmes en terme de la demande en eau, les gouvernements doivent recueillir des données décomposé par sexe et élaborer des indicateurs sensibles au genre dans tous les secteurs, y compris l’eau, l’assainissement, l’agriculture et l’irrigation. L’utilisation d’outils participatifs est également importante pour impliquer les sans voix et les moins éduqués qui pourraient éprouver quelque difficulté à décrypter les textes écrits. C’est à ce prix et seulement à ce prix que les priorités des homes, femmes, jeunes et filles pauvres auront une chance d’être entendues et comprises.



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