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Actualisé: Mardi 20 Novembre 2007

3.2. Genre, Gouvernance et gestion des ressources en eau

3.2. Genre, Gouvernance et gestion des ressources en eau

Introduction

Depuis les années 90, la communauté internationale a reconnu le fait que la bonne gouvernance joue un rôle important dans l’amélioration des conditions de vie des peuples. Une mauvaise gestion des ressources en eau a des impacts négatifs sur les populations pauvres à cause des services non fiables, d’un coût élevé pour des prestations non efficaces et non performantes et qui souvent bénéficie aux riches. Une meilleure gouvernance en matière d’eau peut donner lieu à un développement équitable des ressources en eau et permettre l’accès de tout le monde à ces ressources. Des problèmes persistants de développement, ainsi que les crises d’eaux actuelles et prévues traduisent des défaillances de gouvernance (PNUD, 2002). Il semblerait donc qu’il existe une corrélation entre la mauvaise gouvernance en matière d’eau, la pauvreté persistante et l’accès inadéquat des groupes défavorisés à l’eau ce qui mène à un retard de développement.

Une bonne gouvernance peut avoir des impacts positifs sur les inégalités entre les deux sexes, ce qui permet de:

· Garantir le respect des droits et des libertés fondamentales des pauvres pour permettre à ces hommes et à ces femmes de vivre dans la dignité;

· Introduire des règles, des institutions et des pratiques justes et globales gouvernant les interactions sociales et améliorer la couverture des classes vulnérables comme les hommes, les femmes pauvres et les jeunes et vieilles générations;

· Garantir que les femmes tout comme les hommes deviennent des partenaires égaux dans la prise de décision en matière de développement, d’utilisation, de choix technologique, de financement et bien d’autres aspects de la gestion de l’eau;

· Garantir que les besoins environnementaux et sociaux des générations futures sont reflétés dans les politiques et les pratiques actuelles; et

· Orienter les politiques de développement des eaux vers l’éradication de la pauvreté et l’amélioration du niveau de vie des femmes et des hommes.

Etant donné que l’eau représente un élément clé pour atteindre les Objectifs de Développement du Millénaire, la solution ne se limite pas à développer de nouvelles technologies et à rehausser l’offre mais aussi à gérer les ressources disponibles de manière efficace et équitable. Cela entraîne aussi une évaluation rationnelle des demandes en eau et en répartition équitable sur la base d’une liste des priorités qui prennent en considération les besoins de toutes les parties concernées.

C’est sur la base de ces données et de cet historique que les réformes dans le secteur des eaux ont été envisagées dans le but d’améliorer la gestion des ressources en eau. Lors du Sommet Mondial pour le Développement Durable qui a eu lieu à Johannesburg en 2002, les leaders mondiaux ont défini un objectif pour tous les pays qui consiste à développer pour 2005 des plans efficaces pour la gestion des ressources en eau. Les questions de l’égalité, de l’accès et de la création d’un environnement favorable peuvent, justement, être abordées à travers le processus de planification de la gestion des ressources en eau en concertation avec les différentes parties concernées. Le défi majeur étant l’implication significative des femmes et des hommes à la base.

Les défis des approches de genre dans la gouvernance en matière d’eau

La gouvernance en matière d’eau fait référence à la panoplie des systèmes politique, social, économique et administrative qui sont mis en place pour régler le développement et la gestion des ressources en eaux et les prestations de services aux différents niveaux de la société. L’implication des femmes utilisatrices d’eau dans les consultations et les forums avec les parties concernées exige une attention spéciale et des approches spécifiques. Les outils utilisés actuellement dans de telles consultations conviennent à des groupes instruits et doivent être adaptés à l’usage local. Par exemple, dans le contexte de société conservatrice, beaucoup de femmes font face à des contraintes culturelles qui les empêchent de prendre la parole en public ; tandis que les femmes pauvres font face à des contraintes économiques qui les empêchent d’exprimer leurs besoins.

L’eau est classée comme un bien économique et son prix dépend de son niveau de développement, de distribution, de fonctionnement et de maintenance. Alors que le principe de payer pour avoir l’eau est justifié, et est quelques fois nécessaire, les femmes pauvres ne peuvent souvent pas se permettre les tarifs définis pour ce bien. L’accès à une eau saine et abordable est aussi un droit de base et ce droit devrait aussi influencer les débats sur la valeur économique de l’eau. Il a été déjà reconnu que ceux qui ne peuvent pas payer devraient, au moins, payer ce bien en nature, mais pour les gens pauvres ceci implique un coût d’opportunité puisque leur temps aurait pu être consacré à gagner un peu d’agent. Souvent, quand un travail non rémunéré est demandé, ce sont les femmes qui le fournissent mais quand le travail est payé, il est normalement attribué aux hommes.

L’efficacité de la gestion des ressources en eau puise dans les cadres institutionnels qui dégagent une capacité suffisante pour gérer les ressources en eau. L’on présume que les institutions seront responsables et transparentes. Toutefois, les structures et les processus de gouvernance en matière d’eau accorde très peu d’attention aux soucis et aux questions de la variété sociale homme/femme. Ce problème doit être abordé et les entraves à l’intégration du facteur genre dans les institutions concernées par l’eau doivent être identifiées. Les institutions se fondent sur les normes, la culture, les systèmes du marché et les politiques qui perpétuent souvent les inégalités entre les deux sexes (Odgaard, 2002). La connaissance pratique et locale des hommes et femmes pauvres est rarement reconnue ou exploitée et les compétences pour prendre part aux comités font défaut à plusieurs d’entre eux. Pour la majorité de ces gens, le temps est une ressource inestimable et l’utiliser pour des réunions doit être équilibré avec les activités internes qui leur génèrent des revenus.

Les relations de pouvoir ont aussi une influence sur la façon d’affecter l’eau et le choix de la technologie. Un pipeline d’irrigation est généralement associé à un usage productif de l’eau et les hommes sont plus influents que les femmes quand il s’agit de l’utilisation des ressources. par contre, un puits creusé à la main est associé à l’usage domestique de l’eau par les femmes. Aussi productif soit-il, et malgré les avantages qu’il offre aux femmes et aux hommes, un tel usage peut ne pas être considéré prioritaire. Les mécanismes de prise de décision et les politiques associées à la répartition de l’eau ont des implications différentes pour les hommes et les femmes.

L’environnement naturel détermine la manière dont les gens pauvres accèdent à l’eau et la manière par laquelle ils entretiennent des rapports avec les structures de gestion de l’eau. Les sécheresses fréquentes ou les pénuries continues d’eau signifient que les pauvres n’ont pas accès à l’eau ou qu’ils accèdent à une eau de qualité médiocre. Les hommes et les femmes qui vivent dans les zones défavorisées et marginalisées en manque d’infrastructure accèdent à l’eau à travers différents systèmes locaux plutôt que par des services organisés assurés par le gouvernement. Cette situation compromet plus leur niveau de participation à la prise de décision par rapport aux habitants des zones centrales.

Un défi qui a émergé récemment en matière de gouvernance est la question du droit des filles et des garçons. En Afrique Sub-Saharienne, la pandémie du VIH/SIDA a provoqué une hausse dans le nombre des ménages dirigés par des enfants. La prise de décision en matière de gouvernance a toujours supposé la présence d’un homme adulte (et quelques fois une femme) à la tête des ménages. Les enfants qui dirigent des foyers sont très jeunes et peuvent être dans l’incapacité d’exprimer en public leurs choix à cause de leur jeune âge et de leur statut social défavorable. La gouvernance en matière d’eau doit prendre en considération les besoins et les rôles des filles et garçons dans les services d’approvisionnement d’eau.

La gestion communautaire a été identifiée comme étant un mécanisme pouvant assurer la bonne gouvernance de l’eau à tous les niveaux, particulièrement pour les ressources en propriété commune. On assume généralement que les institutions locales sont inclusives et assurent la distribution équitable des ressources. Cependant, en réalité, les communautés sont constituées de plusieurs catégories d’hommes et de femmes ayant des situations sociales différentes en matière d’autorité, qui cherchent tous à améliorer leurs propres situations. Une gouvernance efficace de l’eau doit incorporer une analyse différenciée de la communauté et de la gestion communautaire.

Comment progresser

Une bonne gouvernance de l’eau conçue pour assurer une gestion efficace des ressources en eau, et qui permet la pise de décision de la part de toutes les parties prenantes, dont les hommes et les femmes pauvres, doit assurer l’accès à une eau potable saine et abordable, et à une hygiène de base pour tous, et aussi à répondre aux besoins en eau pour améliorer la qualité de vie des populations. Elle devrait aussi permettre l’émergence d’un environnement favorable avec des politiques de soutien, des instruments légaux et des structures de tarification équitable.

Il y a actuellement peu d’indices pour affirmer que la gestion de l’eau a adressé en toute connaissance et conscience les aspects liés au genre. Une gestion de l’eau qui prend en considération l’aspect genre doit donc nécessite:

· Un effort pour consulter les hommes et les femmes au cours des processus de planification; ceci peut être réalisé à travers l’utilisation d’outils participatifs impliquant l’aspect genre, conçus pour engager les hommes et les femmes à la base ;

· L’intérêt porté à l’aspect genre par dans la gestion intégrée des ressources en eau ne doit pas seulement s’adresser à la société civile, mais doit aussi s’adresser à toutes les structures et toutes les institutions concernées par la gestion de l’eau, reconnaissant les différentes contraintes auxquelles font face les hommes et les femmes, et s’assurant de l’égalité des chances ;

· Renforcer les capacités à tous les niveaux est une composante vitale pour la gouvernance de l’eau, et pour l’incorporation des sujets liés à l’aspect genre ;

· Les problèmes de l’aspect genre et de gestion de l’eau ne doivent pas être perçus comme des problèmes de femmes seulement, mais doivent être considérés comme des problèmes globaux de rapports de force, de contrôle et d’accès aux ressources par les groupes défavorisés, qui peuvent être les femmes, ou les hommes ;

· L’importance des aspects sociaux de la gestion de l’eau doit aussi être prise en considération. Les femmes jouent un rôle central dans la gestion de l’eau en terme d’utilisation liée aux besoins sociaux, à l’hygiène, à la santé et à la production.

Quatre phases clés de l’approche genre en matière de gouvernance[1]

Information
Des informations spécifiques au contexte concernant les différentes expériences, les problèmes et les priorités des hommes et des femmes, sont essentielles pour la vulgarisation de l’aspect genre. Des informations statistiques doivent régulièrement être incorporées dans les expériences des femmes et des hommes, en associant l’analyse du genre dans l’analyse de la situation. Ceci aidera à identifier les inégalités là où elles existent, et à en faire une composante dans le développement des politiques qui se préoccupent de ces inégalités.

Consultation, plaidoirie et prise de décision

Il est important que les femmes et les groupes marginalises aient une voix forte pour s’assurer que leurs avis sont pris en compte. Ceci veut dire le renforcement de l’implication des hommes et des femmes dans la consultation et dans la prise décision, à partir de la communauté jusqu’aux plus hauts niveaux de gestion.

Action pour promouvoir les groupes bénéficiaires sensible au genre

Une action pour promouvoir une meilleure égalité dans la prise de décision et des opportunités pour les hommes et femmes pauvres doivent être basée sur des données spécifiques au contexte et des informations analytiques de l’aspect genre, qui ne soient pas partiales.

Action pour promouvoir les organisations concernées par l’aspect genre

Les approches liées au genre en matière de gouvernance de l’eau dépendra des compétences, du savoir et de l’engagement du personnel impliqué dans la mise en place et la gestion. Le développement des compétences appropriées chez le personnel et le traitement des différences et inégalités liées au genre au sein des organisations sont des facteurs essentiels pour créer des organisations inclusives dans le secteur de gestion de l’eau.

La gouvernance de l’eau ne peut pas être bonne s’il n’ y a pas une volonté explicite d’adresser les institutions, les politiques, les cadres légaux et les instruments technologiques qui perpétuent les inégalités en matière de genre. Une approche genre en matière de gouvernance doit constituer une partie intégrante pour la mise en place de structures et de mécanismes de gouvernance.

[1] Adapté de Derbyshire, 2002.



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